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De passage à Tunis, les promesses de Didier Le Bret, candidat aux législatives françaises, à ses compatriotes de l’étranger

Si les élections présidentielles françaises trustent les médias ces derniers jours, une autre échéance -et non des moindres- suivra. Il s’agit des élections législatives qui auront lieu en juin 2017. C’est dans ce cadre que Didier Le Bret, candidat du Parti Socialiste à la 9ème circonscription des Français de l’étranger, qui regroupe 16 pays d’Afrique (dont la Tunisie, l’Algérie et le Maroc) est présent en Tunisie, mais aussi afin de présenter son livre “L’homme au défi des crises”, vendredi à l’Agora à la Marsa.

Dans l’entretien qu’il accorde au HuffPost Tunisie, Didier Le Bret revient sur ce qu’il considère être les priorités pour les Français de l’étranger ou encore la polémique sur la déchéance de nationalité.

 

HuffPost Tunisie : Est-ce différent, au niveau du programme et du discours, d’être candidat pour les français de l’étranger et être candidat en France métropolitaine?

Didier Le Bret: Il y a tout d’abord une chose qui change par rapport à une campagne en France métropolitaine, c’est le nombre de kilomètres. C’est une campagne qui est très sportive, mais j’adore ça. Maintenant, je ne sais pas si je me serai présenté pour une circonscription classique en France métropolitaine.

J’ai plus d’ancrage à l’étranger qu’en France. J’ai vécu la moitié de ma vie en dehors de la France métropolitaine, y compris dans les Dom-Tom. Je me sens donc tout à fait à l’aise et chez moi à l’étranger.

Cependant c’est dur, car il y a 16 pays et chaque pays compte, même si l’essentiel des voix est sur un nombre restreint de pays, à savoir les 3 pays du Maghreb. Mais il faut aller partout, car nos compatriotes sont partout, aucun ne doit être négligé.

Quant au programme, c’est clair qu’il est différent. Nos compatriotes à l’étranger sont politisés comme on peut l’être en France, mais ils ont une vision un peu plus distanciée par rapport à la politique intérieure.

On a aussi une majorité de compatriotes qui ont une double nationalité, c’est des Français à part entière, mais leur double nationalité fait qu’ils ont un intérêt qui est aussi grand pour le pays dans lequel ils se trouvent que pour la France, donc ils sont à cheval sur deux cultures, s’intéressent à deux cultures et s’intéressent autant aux relations entre les deux pays qu’à ce qui se passe dans chacun des pays. Ils ne sont pas donc pas des électeurs comme les autres malgré tout.

Justement quelles sont les différences entre un électeur français de l’étranger ou binational et un électeur lambda?

Quand on n’est pas chez soi, à la fois, on peut être complètement à l’aise si on est binational ou qu’on a un conjoint du pays d’accueil…vous finissez par être à l’aise, comme chez vous mais malgré tout, c’est toujours un peu compliqué, il y a des codes, ça peut prendre parfois du temps pour s’intégrer dans la société. Il y a également des problèmes qui se posent parce que vous n’avez pas accès aux services classiques de votre pays comme l’éducation, la santé, les retraites (…)

Le monde de l’expatriation, si on prend que cette catégorie de français, ceux qui bougent tout le temps sont des gens qui doivent reconstruire à chaque fois. Ils sont donc content de retrouver une école française, un consulat… et de ne pas trop se sentir dépaysés.

C’est pour ça que la France s’efforce d’accompagner le plus possible ces compatriotes de l’étranger peut-être plus que ne le font d’autres pays qui sont plus dans une logique de “si vous partez, débrouillez-vous”. Nous sommes plus dans une approche qui fait en sorte qu’il n’y ait pas de rupture d’égalité entre les Français de la métropole et les français de l’étranger.

Pour les Français de l’étranger, il y a un certains nombre de choix qui doivent être faits

Un des principaux reproches fait par la communauté française en Tunisie, c’est une certaine distance entre eux et l’État français, comme c’est le cas par exemple au niveau des démarches administratives: Qu’en pensez-vous?

Ca sera toujours plus difficile que de faire sa démarche en France pour une raison simple: Un consulat c’est une toute petite administration qui, à travers une demi-douzaine de personnes, essaye de répondre à l’ensemble des demandes de nos compatriotes comme les problèmes d’état civil, de visas…tout est concentré sur un petit nombre de personnes.

Ce qui me frappe, c’est qu’au cours du quinquennat de François Hollande, il y a eu beaucoup de progrès. On a fait de gros effort pour dématérialiser la procédure administrative. Vous pouvez maintenant faire vos démarches en ligne. Par exemple vous êtes à Bizerte et vous souhaitez obtenir un acte de naissance, c’est bien plus simple de le faire en ligne. Idem pour les passeports que vous pouvez recevoir chez vous.

On a également réformé la représentation des français de l’étranger d’un point de vue politique. Maintenant, il y a des conseillers consulaires qui maillent tout le territoire, qui sont élus et qui représentent les français. Et une partie d’entre eux, 90 siègent à l’Assemblée des Français de l’étranger qui est consultative mais qui émet des avis sur l’ensemble des décisions qui concerne nos compatriotes à l’étranger.

Oui, mais alors, à quoi sert un député des Français de l’étranger?

Tout d’abord, il faut comprendre qu’on est pas tout seul. L’interlocuteur privilégié des Français à l’étranger, c’est l’ambassadeur et le consul qui sont chargés de protéger nos compatriotes, de protéger l’intérêt de notre pays, de protéger notre communauté à travers le dialogue qu’ils ont avec le pays d’accueil. C’est l’ambassadeur, le consul, qui est le visage de la France dans ces circonscriptions. Ensuite, il y a les conseillers consulaires qui, eux, sont en quelques sortes des élus de proximité, qui sont sur le terrain.

Et le député, lui, est tout au dessus, il est la tête de cette pyramide, il est celui qui cherche à la fois à régler les problèmes à une échelle qui dépasse celle d’un pays, qui est celle d’une circonscription voire de l’ensemble des français de l’étranger.

Contrairement à l’ambassadeur qui, lui, exécute la politique du gouvernement et essaye de régler les cas individuels, le député se situe à un niveau au-dessus, c’est à dire, qu’au niveau politique: Comment est-ce qu’il peut changer les textes qui doivent être changés… Il oriente donc l’exécutif à travers le dépôt d’amendements, de projets de lois.

Le budget accordé aux Français de l’étranger est-il important ou souffre-t-il de manques?

A travers le budget vous dîtes des choses. Si vous mettez la majorité du budget à l’éducation cela démontre que vous voulez investir dans l’avenir de vos jeunes, de vos élites futurs, de leur formations…. Pour les Français de l’étranger, il y a un certains nombre de choix qui doivent être faits: Est-ce qu’on maintient le réseaux des établissements français? A quels niveaux et avec quelles ambitions? Qu’est-ce qu’on fait pour offrir plus de sécurité dans les pays qui en ont besoin? Comment aider et accompagner nos compatriotes en cas de maladie, de deuils, là où on sait que la couverture sociale et médicale n’est pas de la même nature qu’en France métropolitaine?

Toutes ces questions nécessitent parfois des réajustements au niveau global, d’où la nécessité d’avoir un bon député des Français de l’étranger.

La réalité philosophique de la nationalité en France n’est ni le droit du sol, ni le droit du sang, c’est l’attachement qu’on a pour un pays qui a toujours incarné quelque chose de supérieur à ces simples limites géographiques.

Vous qui êtes du parti socialiste, n’avez vous pas peur lors de ces élections de payer pour les choix du gouvernement Hollande, notamment pour la proposition de la déchéance de nationalité?

Le Président, quand il a annoncé qu’il ne se représentait pas a fait son mea culpa. Il a dit “je me suis trompé, c’était une erreur de penser que c’était une solution, or ce ne l’était pas. Et si j’ai pu heurter la sensibilité de mes compatriotes, je m’en excuse”.

C’était à un moment où le pays était sous le choc, le 13 novembre après un deuxième attentat massif. Il y avait une peur diffuse dans le pays, que des groupuscules extrêmistes -d’extrême droite ou d’ailleurs- décident de se rendre justice eux-même. Et là ça aurait allumé l’étincelle. Notre société est inflammable aujourd’hui, parce qu’il y a trop de crises en même temps et que notre monde va trop vite, du coup, une forme d’exaspération se forme.

Le président quand il a pris cette décision, c’était pour dire qu’ être français, ce n’est pas rien, qu’on ne pouvait pas être en même temps français et prendre les armes contre son peuple. C’est une certaine façon d’assimiler complètement ceux qui sont français par naturalisation ou nés en France de parents qui ont d’autres origines. C’était une façon de montrer vraiment qu’être français ce n’était pas une chose qu’on héritait, mais quelque chose d’énorme qui nous obligeait à être tous solidaires les uns des autres.

La réalité philosophique de la nationalité en France n’est ni le droit du sol, ni le droit du sang, c’est l’attachement qu’on a pour un pays qui a toujours incarné quelque chose de supérieur à ces simples limites géographiques.

Concernant le bilan du président Hollande, je pense qu’on est très injustes. Je pense qu’il a fait beaucoup de choses qu’on ne voit pas tout de suite, qu’on verra plus tard. (…) Il y a de grandes réformes qui ont été faites durant ce quinquennat, mais ce qui a manqué c’est l’explication du projet global.

Vous présenterez vendredi à 18h30 à l’Agora, votre livre “L’homme au défi des crises”. Pourquoi ce livre?

Ce livre est une réflexion sur la notion de crise. Je pense que l’homme n’est jamais aussi puissant, aussi fécond que quand il est dos au mur. (…) On a beaucoup d’atouts en main, mais comme on est dedans, on ne les voit plus. La difficulté de l’époque elle est là, c’est qu’on a un effet “loupe grossissant” parce qu’on est abreuvés par de mauvaises nouvelles toutes la journée mais en réalité il y a beaucoup de choses qui, en profondeur, sont entrain de bouger.

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