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INTERVIEW – Didier le Bret, candidat du Parti Socialiste aux élections législatives 2017, pour la 9e circonscription des Français de l’Etranger

Le coordonnateur national du renseignement à la présidence française, Didier Le Bret, a pris la décision de quitter ses fonctions, en septembre dernier, pour se présenter aux élections législatives de 2017, dans la 9e circonscription et sous l’étiquette du Parti Socialiste. Interview

photo : Claude Truong-Ngoc 

Nous avions interviewé Didier Le Bret en février 2017, lors de sa décision de se présenter aux Législatives 2017. Retour sur sa campagne et sur son interview

Depuis notre dernière interview en février quels sont les enseignements que vous retirez de cette campagne et quelles tendances se dessinent selon vous ?

Je suis frappé tout d’abord de la détérioration des conditions de vie d’une grande partie de nos compatriotes dans l’ensemble de la circonscription. La 9ème circonscription, contrairement aux autres circonscriptions, est majoritairement composée de Français binationaux, de couples mixtes, ou de Français résidant de manière durable dans leur pays d’accueil ou d’origine. On est donc assez loin du cliché de l’expat ou de l’évadé fiscal.

Les Français que j’ai rencontrés au cours de ces derniers mois partagent les difficultés que vivent au quotidien la plupart des gens : ils se battent pour scolariser leurs enfants, ils ont parfois du mal à se faire soigner correctement, ils s’inquiètent pour leurs retraites, ils sont en butte aux administrations locales lorsqu’ils doivent renouveler leur titre de séjour. J’ai rencontré des compatriotes qui ont fait des choix d’investissement hasardeux et j’ai également présent à l’esprit de nombreux cas très difficiles portant sur des contentieux fonciers qui les obligent finalement à partir quelque peu amers…

Ce tableau, qui peut sembler sombre, ne doit pas non plus cacher l’autre face de la présence française dans cette région du monde : une population bien intégrée, biculturelle, défendant avec passion leur pays d’adoption comme leur pays d’origine, et qui contribue largement à la densité de nos échanges, qu’ils soient économiques, culturels ou tout simplement humains

Bien représenter les Français de cette partie du monde, qui nous est si proche, et dont l’impact sur notre pays est majeur, c’est aussi en comprendre l’extrême diversité, c’est être à l’écoute, c’est être enfin capable de porter leurs voix. Ce sera l’une de mes principales missions, si les électeurs m’accordent leur confiance.

Sur les tendances électorales, il ne m’appartient pas de juger. Je constate simplement que les Français ne sont pas dupes. Le besoin de renouveau, de sincérité dans l’engagement, mais aussi de sérieux, de compétence, n’est pas qu’une simple mode. Nous ne devons pas tricher avec cette aspiration très forte, qui est au fond la seule vraie garantie pour regagner la confiance des électeurs et ne pas miner de ‘intérieur les fondements mêmes de notre démocratie…A ce titre, j’avoue que le comportement de certains opposants me choque. Prétendant incarner la modernité ou le renouveau, ils font ce qu’il y a de pire en politique : ils vont là où souffle le vent, se renient avec aplomb ou feignent l’amnésie. L’opportunisme ne peut pas tenir lieu de boussole.

Personnellement, j’ai fait le choix de rester fidèle à ce en quoi je crois et contrairement à ce qui est dit ici ou là la gauche n’est pas morte. Elle doit se réinventer, élargir sa base, être davantage à l’écoute, lutter contre les vraies fractures, à commencer par celles qu’entraîne une mondialisation débridée, qui exclut, marginalise, isole…Les valeurs de la gauche, de progrès, de justice, de liberté aussi, de fraternité, l’immense aspiration de notre jeunesse à ne pas subir, mais à être acteur du changement, tout cela n’est pas dépassé. C’est un combat permanent et c’est ce combat qui m’anime !

L’interview

Lepetitjournal.com/Tunis : Pourquoi avoir choisi de vous présenter aux législatives 2017, dans la 9e circonscription ?

Didier Le Bret : C’est le prolongement de vingt-cinq années au service de mes compatriotes dans le cadre de mes différentes missions diplomatiques, dans tous les domaines : le développement, la culture, la négociation multilatérale, la gestion de crise, la sécurité … C’est aussi le choix d’une géographie, le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest, qui m’est désormais familière, que je pratique de longue date. C’est enfin un souhait : continuer de servir mon pays, de mettre mon expérience au service de mes compatriotes, mais autrement. En contribuant à l’élaboration de lois qui les protègent, les défendent, et puissent concourir aux bonnes relations que nous entretenons avec tous les pays de la circonscription.

Quelles sont selon vous les principales attentes des Français y résidant ?

J’en vois au moins trois : pouvoir vivre en sécurité, scolariser dans de bonnes conditions leurs enfants, avoir accès à des soins de qualité. A ces attentes de base, il faudrait ajouter d’autres préoccupations : trouver des réponses adaptées à leur situation particulière auprès de nos services consulaires, être soutenus dans leurs démarches liées à la recherche d’emplois, de stages, particulièrement pour les jeunes, et pour les PME, disposer d’une assistance adaptée à leurs besoins pour pouvoir travailler à l’international. Enfin, le retour en France constitue également une source de préoccupation pour nos compatriotes et ils souhaitent pouvoir être accompagnés.

Quel est votre parcours et votre implication passés auprès des Français de l’étranger ?

Je suis entré en Quai d’Orsay en 1991, après un premier séjour en URSS de deux ans. J’ai suivi les bouleversements qui se sont produits à l’Est de l’Europe pendant près d’une décennie. J’ai eu ensuite la chance de pouvoir travailler pendant quatre ans à la mission française auprès de l’ONU. De retour en France, je me suis vu confier la mission exaltante de défendre l’exception culturelle au moment où notre dispositif de soutien aux industries culturelles était menacé et risquait de passer sous les fourches caudines des règles de l’OMC.

J’ai ensuite été nommé chef du service de coopération et d’action culturelle à Dakar. Ce furent deux années particulièrement riches de découvertes et d’amitiés. J’ai appris aussi à quel point nous devions être modestes dans note approche du développement : les recettes miracles n’existent pas et l’écoute est bien le préalable indispensable à toute action de coopération efficace. J’ai pu ensuite tenter d’appliquer à une échelle plus globale ce que j’ai appris sur le terrain, en étant conseiller, puis directeur de cabinet adjoint de deux ministres délégués à la coopération. Mais sans doute l’expérience la plus marquante de ma carrière aura été Haïti, où j’ai eu le triste privilège d’être présent au moment de l’une des pires tragédies qu’ait jamais connu ce pays : le séisme de janvier 2010 qui a fait près de trois cent mille victimes. J’ai ainsi conduit et animé pendant plus de trois ans, avec des équipes formidables, dévouées corps et âmes, l’une des plus grosses interventions humanitaires de la France.

De retour à Paris, Laurent Fabius m’a demandé de diriger le Centre de Crise. Ce fut là encore trois années absolument passionnantes, à un moment où notre pays était très exposé, où nous venions de lancer l’opération Serval et où nous étions également engagés en Centrafrique. La crise syrienne, avec son lot de souffrances pour les civils a également fortement mobilisé le CDC durant toutes ces années. Il me revenait enfin de maintenir le lien avec les familles d’otages et de les accompagner.

La suite, vous la connaissez, l’Elysée dans les fonctions de coordonnateur national du renseignement, au moment où notre pays subissait de plein fouet l’une des pires vagues d’actes de terrorisme sur le territoire national.

Quels sont les sujets que vous comptez défendre en priorité devant le Parlement ?

Au moment où la demande de scolarisation en français augmente et nos moyens stagnent, nous devons faire de notre réseau d’écoles françaises le fer de lance de notre politique d’influence. Mais aussi, dans le prolongement, il nous faut donner un second souffle à la francophonie. Des propositions très concrètes ont été faites par le député sortant, Pouria Amirshahi. J’en retiens deux : l’idée d’un visa francophone et celle d’un Erasmus francophone. Dans les deux cas, il s’agit d’encourager la mobilité, mais aussi l’intégration régionale.

Quelles attentions particulières méritent les pays de la 9e circonscription ?

L’offensive des groupes terroristes dans toute la région au cours des dernières années a mis à rude épreuve des économies fragiles. Le tarissement des flux touristiques a également eu un impact très négatif. Il nous faut donc ensemble préparer la riposte, en renforçant encore notre coopération. Mais il nous faut aussi apprendre à ne pas surréagir afin de ne pas pénaliser ni dissuader outre mesure les échanges et les investissements. Bref, nous devons apprendre à tenir bon dans la durée.

Comment pensez-vous gérer vos permanences dans les différents pays de votre circonscription pour être au plus près des Français basés dans la région ?

Je souhaite m’appuyer sur les comités de soutien dans chacun des pays de la circonscription, mais pour toucher tous mes compatriotes et faire remonter leurs préoccupations, outre le réseau des conseillers consulaires, je mettrai à leur disposition une interface numérique pour garder le contact malgré la distance, être à leur écoute. J’ai aussi pour ambition de soumettre au vote citoyen des projets qui pourraient faire l’objet de financements à partir de la réserve parlementaire. Un budget participatif en quelque sorte à l’échelle de seize pays !

Par l’intermédiaire de cette interview, que souhaiteriez-vous dire à la communauté française de votre circonscription et particulièrement celle de Tunisie ?

Votez Didier Le Bret !

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