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Législatives : Didier Le Bret, candidat PS pour la 9ème circonscription, détaille ses ambitions [Interview]

Après avoir servi la république française en tant que coordinateur national du renseignement français, Didier Le Bret se lance dans la politique. Avec un CV bien rempli notamment par son ex fonction d’ambassadeur de France à Haiti, le diplomate compte mettre à profit toute son expérience dans son éventuelle future fonction. Connu pour être le conjoint de Mazarine Pingeot, fille cachée de François Mitterand, le candidat socialiste aspire à la neuvième circonscription des Français établis à l’étranger, la circonscription des pays d’Afrique par excellence, lors des élections législatives de juin prochain. Interview à l’occasion de son passage à Casablanca.

Vous êtes candidat pour la neuvième circonscription, quel est votre lien avec cette circonscription ?

Il est humain et professionnel. Il est humain parce que j’ai des attaches familiales avec l’Algérie et le Maroc, ma mère est née à Oran dans une vieille famille juive de l’oranais, pied noir mais qui a migré dans le début des années 1930 au Maroc. Ma mère y a vécu avec toute sa famille jusqu’à la fin des années 1950. C’est vrai que j’ai été un peu bercé par ces récits de la vie au Maroc et j’ai été élevé aussi en partie par ma grand-mère qui parlait arabe. Ma mère aussi d’ailleurs parle toujours l’arabe. Ça c’est vraiment le lien familial, historique !

Et puis dans mes dernières fonctions, mais même dans mes fonctions antérieures, je me suis un peu plongé dans la réalité du développement des questions d’aide publique, de coopération. Dans une partie plus récente où j’ai eu à diriger le centre de crise et à travailler beaucoup sur les questions de lutte contre le terrorisme aux côtés du président de la République, j’ai fait beaucoup de déplacements dans ce cadre, malheureusement, ce qui est un peu l’arc de crise entre la zone subsaharienne et puis une partie du Moyen-Orient et du Maghreb.

Pour toutes ces raisons je me suis dit que c’était peut-être le bon moment de franchir le Rubicon et de passer d’un engagement qui est un engagement professionnel au service de nos compatriotes dans les différentes fonctions que j’ai pu avoir vers un engagement plus politique. Mais que je vois comme le prolongement naturel de ce que j’ai fait, c’est-à-dire capitaliser tout ce que j’ai pu apprendre aussi bien dans la géographie de ces pays que dans les différentes thématiques pour pouvoir être un bon député. Un député qui représente à la fois dignement ses compatriotes de l’étranger et puis donne aussi peut-être une dimension un peu plus de politique étrangère dans sa façon de conduire cette mission. Pour être aussi un vecteur de renforcement des liens entre le Maghreb, l’Afrique de l’Ouest et puis la France.

Quels sont les problèmes ou les questions plus largement que vous avez identifiées et qui forment votre «programme» ou en tout cas le fer de lance de votre argumentaire pour les personnes de cette circonscription ?

Les préoccupations des Français de l’étranger sont de plusieurs ordres. Il y a des préoccupations dans cette région surtout liées à la sécurité. Mais d’un autre côté, les gens qui vivent durablement dans ces pays que ce soit le Maghreb ou l’Afrique de l’Ouest, pour la circonscription, connaissent la réalité de ces pays. De toute façon, le risque terroriste est partout. Néanmoins, ils sont soucieux -je pense- de ce que notre pays, la France, dans le dialogue qu’on peut avoir avec les autorités des pays de la circonscription, puisse contribuer à les aider, à lutter contre toutes les menaces qui peuvent exister, les aider à renforcer leurs moyens via la coopération.

Après la vie quotidienne est triviale, ces questions : «comment est-ce qu’on scolarise nos enfants dans de bonnes conditions, dans des établissements qui soient de même niveau qu’en France et à des coûts qui doivent être quand-même pas trop exorbitants parce que tout le monde ne roule pas sur l’or ?». Les gens souhaitent avoir accès à un certain nombre de service auxquels on a accès en France. En France, c’est vrai que c’est plus facile quand vous avez un pépin de santé, que vous allez à l’hôpital, vous avez une couverture qui prend bien en charge. Quand on est à l’étranger il faut cotiser, tout n’est pas couvert, il y a plus de risques aussi parce que dans certains pays, pas au Maroc, il n’y a pas de structures sanitaires qui soient suffisamment rassurante.

Donc l’école, la santé, la sécurité, les services consulaires classiques également, tous les papiers de la vie, que ce soit pour le mariage, les décès,… Ces services doivent être accessibles, efficaces pour l’ensemble de nos ressortissants. Ils attendent aussi de la France qu’à travers nos relations de coopération, on facilite les échanges, les relations avec le pays dans lequel ils se trouvent de façon à ce qu’eux aussi soient bénéficiaires de ces bonnes relations et notamment pour tout ce qui concerne les courants d’échanges économiques.

Vous avez un profil riche, de par vos fonctions qui sont très orientées sur la sécurité et c’est une région où il y a effectivement des problèmes de sécurité. Est-ce que le risque justement n’est pas que votre mandat soit phagocyté par ces questions sécuritaires, et que finalement les autres problèmes ne soient laissés à la marge ?

Non, parce que comme j’ai été ambassadeur, vous couvrez tout le spectre d’activités des relations que vous avez avec les pays d’accréditation ; c’est-à-dire aussi bien les échanges économiques que la culture. Moi, je suis très sensible à ces questions et je me suis battu comme un beau diable dans les années 2000 pour que notre modèle culturel, un peu particulier, puisse non seulement ne pas être remis en question par le principe un peu basique et un peu violent de l’économie de marché que le fameux «la culture n’est pas une marchandise comme les autres». C’était le slogan de l’époque, mais qu’on puisse aussi dans une logique de dialogue avec tous les pays qui étaient intéressés par cette approche, essayer vraiment de faire de cette exception un principe, non pas français mais un principe universel.

Je suis très sensible aussi à tout ce qui est attrait à la francophonie. Donc je ne pense pas du tout que mon mandat de député sera essentiellement consacré aux questions de sécurité. Après, je pense qu’il faut aussi être tout simplement à l’écoute de nos compatriotes parce qu’il y a des problèmes qui peuvent surgir, qui n’existaient pas et il faut être capable aussi de les entendre, d’en synthétiser les aspects qui peuvent faire l’objet éventuellement de recommandations. Non, je n’ai pas d’inquiétudes là-dessus !

Pour revenir à la politique française. Vous êtes donc le candidat PS. On a vu certains élus ou certains cadres du PS sortir du parti et soutenir Emmanuel Macron. Quelle est votre position ?

Je pense qu’il faut être capable de tenir bon aussi dans la tempête. Là, on est clairement dans une situation qui est difficile parce que vous avez deux candidats, qui n’occupent pas forcément le même terrain, mais qui incarnent une forme d’espoir à gauche, Mélenchon et Hamon. Les verts ont accepté de jouer le jeu, c’est bien. Ça veut dire que forcément il y a des questions qui se posent sur le maintien au deuxième tour. Je pense que d’un point de vue à la fois de l’efficacité du combat, et d’un point de vue moral, éthique, à partir du moment où on s’est engagé à ce que la primaire désigne le candidat de la gauche, il faut soutenir ce candidat jusqu’au bout et ne pas faire défection à mi-parcours. Ça me parait logique et moral.

La relation politique entre le Maroc et la France est une relation particulière, à la fois très chaleureuse, très intriquée puis en même temps des passages délicats. Par rapport à cette relation, comment vous la jugez-vous et comment espérez-vous qu’elle évolue ?

D’abord géographiquement, la proximité fait que nos destins sont liés. Cela vaut pour le Maroc et pour l’ensemble des pays riverains du sud de la Méditerranée du fait de notre histoire, de tout ce qu’on a traversé comme à la fois épreuves et expériences aussi extraordinairement positives. Je pense que les dernières décennies ont été très puissantes et ont donné envie aux deux pays de se miner ensemble, que ce soit aujourd’hui dans la politique étrangère du Maroc, sa dimension africaine, ou dans l’engagement environnemental, on a beaucoup de choses à faire ensemble. Aussi par le choix qui a été fait d’une évolution dans la stabilité, c’est quelque chose qui pour la France est important. Nos destins sont tellement liés que je ne vois pas comment on pourrait échapper à ce fameux partenariat d’exception dont on parle tous et qui est réellement d’exception. Quels que soient les aléas de la vie politique, on a eu une période difficile dont on est sorti mais cela ne peut jamais durer les brouilles entre nos deux pays parce qu’on a trop d’intérêts liés.

Et puis, à partir du moment où vous avez une partie de la population marocaine qui vit en France, qui veut aussi quand elle le souhaite revenir au Maroc ou vous avez une grosse communauté française au Maroc, on voit bien que la politique étrangère de la France, la politique étrangère du Maroc, les deux politiques étrangères deviennent des politiques aussi domestiques quelque part. Ce qui se passe au Maroc a un impact chez nous et l’inverse aussi. Je ne suis pas inquiet, je pense que la relation est solide.

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