Législatives en France : dernière ligne droite pour Didier Le Bret en campagne au Maroc
31 mai 2017
LÉGISLATIVES – Didier Le Bret, candidat aux législatives de la 9e circonscription des français de l’étranger
1 juin 2017

Questions des adhérents de FdM-ADFE aux candidats aux législatives dans la 9ème circonscription des Français de l’étranger

Questions des adhérents de FdM-ADFE aux candidats aux législatives dans la 9ème circonscription des Français de l’étranger

  1. Quelles mesures êtes-vous prêt à défendre pour garantir la moralisation et le renouvellement de la classe politique ?

Les premières mesures ont été prises durant le précédent quinquennat : non cumul des mandats au-delà de trois ; déclaration des revenus et du patrimoine à une haute autorité indépendante. Je suis favorable également au non-cumul dans le temps (par exemple : deux mandats successifs de député au maximum). Mais pour permettre un renouvellement réel et inciter des représentants de la société civile à s’engager, il faudra également relancer la question du statut de l’élu.

 

  1. Quelles mesures soutenez-vous pour organiser le débat politique et permettre un meilleur dialogue entre les élus et les citoyens ?

L’élection présidentielle a pointé les insuffisances d’une démocratie qui ne consulterait les citoyens qu’au moment du vote. Je suis favorable à participer activement à la rénovation de nos institutions pour une gouvernance plus citoyenne et plus démocratique. Il faut essayer de coconstruire avec les citoyens l’action législative. Ainsi l’attribution de 60 % de ma réserve parlementaire dédiée au budget participatif se fera dans le cadre d’un appel à projets annuel. Les projets seront soumis au vote électronique des électeurs de la 9e circonscription et ceux ayant reçu le plus de votes seront soutenus. Je suis également favorable à ce que le Sénat s’ouvre davantage à la société civile, par exemple en intégrant un pourcentage de représentants des milieux associatifs. Le Conseil économique, social et environnemental pourrait aussi devenir une chambre de citoyens tirés au sort, ce qui de facto, redonnerait de la visibilité aux Français exclus de toute forme de représentation.

 

  1. Vous engagez-vous à être mobilisé à 100 % sur votre mandat de député ? (non-cumul de mandats, et plus largement de fonctions)

Je m’y engage formellement. Je serai un député à plein temps.

 

  1. Comment prévoyez-vous de communiquer avec les Français résidents dans la 9ème circonscription ?

J’entends maintenir le lien physique avec les électeurs. Je prends l’engagement de me rendre au moins deux fois par an dans chacun des pays suivants : Maroc, Algérie, Tunisie, Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Guinée, Niger et Mauritanie. Soit en moyenne un déplacement tous les quinze jours. Ces dix pays, sur les 16 que compte la 9ème circonscription, concentrent la quasi-totalité de nos ressortissants. Concernant les pays que je n’ai pas visités, je m’engage à donner une priorité de déplacement pour les six pays concernés dès mon élection.

Je demanderai aux Présidents de mes comités de soutien, dans chacun des pays de la circonscription, de continuer de jouer un rôle actif dans l’animation de toutes les composantes de la gauche : militante (PS), associative (FDM), simples sympathisants…

Je publierai un bulletin mensuel électronique faisant le point de l’actualité de la circonscription et des initiatives prises par le député, localement et à l’Assemblée nationale, mais aussi dans le dialogue avec le gouvernement et les administrations.

 

  1. Comment envisagez-vous votre travail de député au parlement ?

Comme je l’ai dit au lendemain de l’élection présidentielle, j’entends être un député d’opposition constructive. Investi par les militants du PS, je demeurerai fidèle au mandat qu’ils m’auront confié. J’exercerai par conséquent la plus grande vigilance sur tous les projets de loi et les décisions gouvernementales, à l’aune principalement de l’incidence des mesures préconisées sur nos compatriotes les plus démunis, y compris bien sûr les Français de l’étranger, et sur les risques d’aggravation de la fracture sociale.

Afin de contribuer aux bonnes relations entre la France et les pays de la 9ème, compte tenu aussi de mon parcours professionnel, je souhaite intégrer la Commission des Affaires étrangères. Notre diplomatie doit défendre nos intérêts et veiller à la prise en compte de nos ressortissants dans l’ensemble des orientations décidées. Je souhaite également jouer un rôle actif dans la promotion de l’espace francophone, tourné vers la mobilité, les échanges et les projets communs.

 

  1. Quelles seraient d’après vous les mesures qui garantiraient plus d’égalité réelle dans notre société ?

L’égalité est un concept qui a traversé l’histoire et la pensée. Aristote, Platon, les philosophes des Lumières ont tenté de donner une définition de l’égalité. L’égalité n’est pas une fin en soi, mais un combat de tous les jours. Et ce combat doit être compris non pas comme une volonté de nivellement, mais comme la reconnaissance de l’égale dignité des êtres humains. C’est ici que la notion de droits intervient : pour inscrire cette réalité, ce postulat, dans la vie.   En ce qui concerne la 9ème circonscription, l’égalité entre tous les Français doit être au cœur du mandat du prochain député. Les Français établis hors de France ne doivent pas devenir étrangers à la France. Concrètement, nous devrons veiller à ce que leur choix d’expatriation ne les lèse pas de leurs droits fondamentaux : scolariser leurs enfants, se soigner, bénéficier de la solidarité nationale lorsqu’ils sont en difficulté.

 

  1. Quelle serait votre position sur le projet de transition énergétique en cours ?

a) Atteindre l’objectif de 50 % d’énergie renouvelable dès 2025 (fermeture des vieilles centrales nucléaires)

La transition énergétique doit être au cœur des politiques publiques de demain et de façon transversale sur l’ensemble de nos secteurs économiques, sociaux et politiques. Avec la COP21, la France a joué un rôle majeur en matière de lutte contre le réchauffement climatique. C’est un des acquis du quinquennat de François Hollande. Nous devons désormais continuer de montrer l’exemple en augmentant la part d’énergie renouvelable. La production d’énergie renouvelable est aujourd’hui principalement hydraulique. L’éolienne, le photovoltaïque, la géothermie et les énergies marines sont des secteurs d’activités que nous devons accompagner et consolider pour atteindre l’objectif de 50 % d’énergie renouvelable à l’horizon 2025. Fixer un objectif chiffré dans un calendrier précis, c’est se donner une chance d’y parvenir.

b) Investissement massif public/privé dans les projets et la recherche concernant les énergies renouvelables

L’objectif politique d’augmentation des énergies renouvelables passe par la question du financement de la recherche efficace et éthique sur ce domaine. Ma position est donc de renforcer l’investissement public ou privé sur les projets de recherches concernant les énergies renouvelables. Au-delà de ces investissements massifs, nous pouvons également réfléchir à des financements innovants de la recherche.

 

  1. La lutte contre l’utilisation des pesticides et les perturbateurs endocriniens, fait-elle partie, pour vous, des enjeux écologiques et de santé publique majeurs ?

La lutte contre les pesticides et les perturbateurs endocriniens est sans conteste un enjeu de santé publique majeur. En vertu du principe de précaution, nous devons interdire les perturbateurs endocriniens, nanoparticules et autres pesticides qui seraient jugés dangereux dans l’alimentation au plus vite. Comme Benoit Hamon l’avait proposé pendant la campagne présidentielle, je suis favorable à l’homologation des pesticides par le ministère de la Santé.

 

  1. Vous opposerez vous à la réforme du code du travail par ordonnances ?

Je ne suis pas hostile par principe au recours aux ordonnances. Ce fut le cas en 1945, au sortir de la guerre, avec la création de la sécurité sociale. Cette réforme fut une véritable révolution. Elle créait des droits nouveaux. Le socle républicain était ainsi consolidé : après l’école publique gratuite, ce fut au tour de la santé.

Aujourd’hui, le gouvernement entend réformer le droit du travail par ordonnances. De quoi s’agit-il ? En substance d’accorder davantage de flexibilité aux employeurs pour leur permettre de s’adapter plus facilement à la conjoncture économique. Cela peut se traduire de deux manières : en période de croissance, par des emplois ; en période de stagnation ou de repli, par des licenciements. On est bien loin de l’esprit des pères du Conseil national de la résistance, qui n’avaient d’autres buts en 1945 que de donner plus de droits à l’ensemble des Français pour une France plus solidaire et donc plus forte.

S’il y a urgence, c’est que l’on pense que cette réforme par ordonnances va immédiatement créer de l’emploi dans notre pays. Si ce n’est pas le cas, il faut se donner les moyens d’organiser la concertation, avec les syndicats, mais aussi avec le Parlement. Le Code du travail a déjà été revu en profondeur. Tout ce qui peut aider à créer de l’emploi, notamment en facilitant la vie des PME est le bienvenu. Car ce sont bien les PME qui vont être à l’origine dans les prochains mois des principales embauches. Et la France en a besoin. Le cri de désespoir d’une partie de nos compatriotes au premier tour des présidentielles ne doit pas être ignoré.

Mais si dans la précipitation d’ordonnances déséquilibrées, cela doit se traduire par davantage de précarité, et donc davantage de misère sociale, si l’accord au sein des entreprises devait devenir subitement la norme au détriment de la protection des plus faibles, alors, ma position est claire : c’est non. Donc, pour éviter les soupçons, les risques de blocage dans la rue, le sentiment de défiance vis-à-vis d’une réforme qui pourrait donner plus de flexibilité et très peu de sécurité pour les travailleurs, mieux vaut se donner le temps de la concertation et de la négociation. Ce sera aussi la meilleure garantie pour que le dialogue social au sein même des entreprises ne tourne pas à la guerre, mais que partout, l’objectif de retour à l’emploi soit effectivement traité comme une grande cause nationale.

 

  1. Que pensez-vous des dispositions généralisant la primauté des accords d’entreprise sur les conventions collectives dans le Code du travail ?

 

Réformer le code du travail est devenu une obsession qui traverse les législatures. Ma position est simple : tout changement du Code du travail concernant les dispositions encadrant les conventions collectives ne vaut que s’ils s’inscrivent dans le sens d’une meilleure protection des droits des salariés. Accords d’entreprises et conventions collectives ont en commun de résulter d’une négociation. Sur cette question fondamentale, les organisations représentants les employeurs et les salariés doivent trouver des points d’accord équilibrés.

 

  1. Quelles mesures seriez-vous prêt à défendre pour permettre les changements de carrière, la formation tout au long de la vie, et l’entrepreneuriat ?

Aujourd’hui nos enfants n’envisagent plus leur carrière professionnelle comme nous. Beaucoup n’exerceront pas le même métier toute leur vie, nombreux auront plusieurs vocations, plusieurs vies. C’est une richesse que de multiplier les expériences, les rencontres et d’être capable de se réinventer. Nous devons l’encourager si ce n’est la faciliter. Il existe déjà de nombreuses mesures pour permettre les changements de carrière et la formation tout au long de la vie. Il faut les renforcer, les expliquer et les rendre plus visibles et surtout plus accessibles.

 

  1. Etes-vous favorable au renforcement des organismes de régulation ? 

Les organismes de régulations sont indispensables pour bâtir une société plus juste aujourd’hui. Prenons l’exemple de la lutte contre la fraude fiscale. L’ONG Oxfam a  récemment indiqué dans un rapport qu’on dénombre près de 70 paradis fiscaux et que l’évasion fiscale coûte près de 1000 milliards d’euros à l’UE. C’est autant d’argent qui n’est pas investi dans les services publics au sein de l’Union européenne. Ces dernières années il y a eu des réformes et des avancées notables, notamment sous le quinquennat du Président François Hollande. Il faut désormais aller plus loin, davantage encadrer les régimes les plus spéculatifs, mieux séparer les activités d’épargne et d’investissement des banques, renforcer la taxe Tobin …

 

  1. Quelle est votre position sur :
  • les suppressions de postes de fonctionnaires (enseignement, services consulaires…) ?
  • L’évolution de la protection sociale en France (rôle prépondérant des mutuelles) et à l’étranger ? (la solidarité envers les Français de l’étranger les plus modestes n’est plus nationale, mais une affaire interne à la CFE, baisse drastique du concours de l’État pour la troisième catégorie aidée de la CFE)
  • sur l’âge de départ à la retraite et la durée de cotisation

 

Je suis opposé à la suppression massive de postes de fonctionnaires dans les administrations de services comme l’éducation ou la santé, et il faut également être très vigilant sur les économies à réaliser dans les secteurs de la défense et des affaires étrangères. Pour les Français de l’étranger, les services consulaires sont quasiment les seuls services de proximité. Ils doivent par conséquent être maintenus.

Améliorer les conditions de travail des fonctionnaires, réorganiser les échelons des agents et renforcer la qualité des services rendus aux citoyens sont autant de réformes indispensables. Mais il faut savoir aussi saluer leur travail, reconnaître les progrès. Je ne serai jamais de ceux qui dévalorisent les missions de service public.

 

Concernant la solidarité envers les Français établis hors de France, principalement les plus modestes, l’État ne peut plus continuer de se désengager budgétairement. Les Français qui résident à l’étranger doivent pouvoir bénéficier de la même solidarité que les Français de métropole. L’amélioration de l’action et du fonctionnement de la Caisse des Français de l’Étranger (CFE) est actuellement prioritaire, particulièrement pour la 9ème  circonscription, où résident de nombreux Français dont les revenus sont très bas. Pour que chacun puisse bénéficier d’une protection sociale, l’action de la CFE doit prioritairement être réorientée auprès des catégories les plus fragiles et s’inscrire dans un objectif de solidarité avec les plus modestes.

 

Sur l’âge de départ à la retraite et la durée de cotisation je ne suis pas favorable à repousser l’âge de départ en retraite. Plus haut, vous avez abordé la mobilité dans la carrière, le changement de métiers et la formation tout au long de la vie. Cette mobilité dans la vie professionnelle ne doit pas avoir d’effet sur les droits à la retraite. C’est un principe d’égalité dont je serai le défenseur.

 

  1. Quelle est votre vision de l’avenir concernant la scolarité des enfants français à l’étranger ? Quelles garanties auront les enfants français de bénéficier de la même éducation, quel que soit leur lieu de résidence ?

Ma vision est qu’il faut faire de l’éducation la priorité pour les générations futures. Pour un enseignement français de qualité, abordable et ouvert, je propose trois mesures fortes. Sanctuariser nos établissements en gestion directe là où ils existent et limiter la hausse des frais de scolarité tout d’abord. Renforcer les cours en ligne ouvert et massif (MOOC) et favoriser les formations diplômantes. Et enfin, renforcer le soutien aux associations FLAM en doublant la dotation dédiée à ce réseau.

 

  1. Que pensez-vous des institutions qui gouvernent l’Union européenne telles qu’elles existent ?

L’UE est à la fois une construction politique (elle a été voulue et conçue par les pères fondateurs comme un ultime rempart contre les nationalismes et la guerre), mais aussi technocratique, qui ne connaît au fond que la marche en avant, quand ce n’est pas la marche forcée (invalidation des referendums quand ils ne vont pas dans le sens souhaité !). Son tort est de n’avoir pas su fixer des limites à son double projet d’expansion et d’intégration. Au risque de donner un sentiment de toute puissance au détriment des peuples, de leurs traditions, de leurs cultures. L’inspiration libérale de l’Europe a achevé de convaincre les plus réticents, les plus faibles, qu’ils n’auraient pas leur place dans une construction faisant la part trop belle à la compétition et à l’économie de marché.

Pour faire face à ce double déficit à la fois de légitimité et de sens de la construction européenne, l’urgence doit être donnée au renforcement du contrôle citoyen, ce qui passe par un renforcement du contrôle du Parlement sur l’exécutif. L’exécutif européen devra également à terme émaner du suffrage direct, ce qui concrètement signifie que, comme pour les Etats-membres, le gouvernement de l’Europe devra être l’émanation de la majorité issue des urnes au Parlement européen. Cette réforme modifiera en profondeur également les prérogatives de la Commission qui sera directement placée sous l’autorité de ce nouvel exécutif, ce qui n’est pas le cas actuellement pour la Commission vis-à-vis du Conseil européen.

 

  1. Faut-il aller vers plus d’Europe ? Consolider les acquis ?

L’Europe est plus que jamais indispensable. Sa construction a été est le socle de la paix et de la coopération sur un continent jusque-là en proie aux guerres et à la division. Elle est pourtant depuis de nombreuses années au centre des critiques. Autrefois parée de toutes les vertus, elle est aujourd’hui dénoncée comme étant la source de tous nos maux. La vérité est plus prosaïque. L’Europe est en crise. Une crise de croissance, faute d’avoir su expliquer son projet, sa finalité. Il faut aujourd’hui reprendre le projet des pères fondateurs, non pas pour y mettre un terme, mais pour en redéfinir à la fois la source de légitimité (les peuples européens et non pas la Commission) et le fonctionnement. L’Europe doit être plus politique, dans le bon sens du terme.

Concrètement, deux dynamiques doivent être rapidement enclenchées : la mise en œuvre de coopérations renforcées pour ceux qui veulent aller de l’avant ; un meilleur contrôle du Parlement sur l’exécutif européen, afin que les divergences, et partant, les choix, ne soient plus entre pays membres, mais entre partis politiques de l’Europe. Pour endiguer la vague de repli nationaliste à laquelle on assiste aujourd’hui, il faut donc à a fois « plus d’Europe » et « une Europe différente », plus politique, moins technocratique. Comme le disait Kofi Annan pour l’ONU : « Applaudissez nos succès, condamnez nos échecs, mais de grâce, ne laissez pas cette institution indispensable dépérir, s’étioler ou s’éteindre par l’effet de l’indifférence, de l’inattention ou de la trop grande parcimonie des États membres ».

 

  1. Quelle est votre position sur le CETA, le processus de négociation et de ratification de ce traité ?

Sur cet accord de libre-échange, nous devons être particulièrement attentifs au processus de négociation et de ratifications. Le CETA ou n’importe quel autre accord de libre-échange qui engage nos secteurs économiques et nos entreprises ne doit pas se négocier dans l’ombre, de manière trop technocratique. Le Parlement européen et les représentations nationales doivent être au cœur du processus. La société civile, les citoyens et les associations doivent être associés à la négociation de ces traités. J’aimerai ici développer une idée qui me tiens à cœur sur la possibilité d’un « Buy European Act ». Un acte civique comme moyen de réplique en matière de relations commerciales internationales.

 

  1. Quels sont pour vous les critères rédhibitoires concernant la vente d’armes par la France à des pays étrangers ?

Ces dernières années la France a eu d’excellents résultats et dans une compétition internationale il n’est pas anormal que la France se batte. Ce sont des emplois. C’est aussi un élément de notre stratégie d’influence. Mais les armes ne sont pas non plus à mettre entre toutes les mains. Il faut par conséquent de la transparence, des débats, au Parlement notamment. Nous devons pleinement mesurer la part de risque inhérente aux ventes d’armes et faire preuve de la plus grande vigilance vis-à-vis de potentiels partenaires dont les intérêts seraient contraires aux valeurs que porte et prône la France. Un pays qui violerait de manière massive les droits de l’homme, en réprimant de manière délibérée toute forme d’opposition, ou qui agirait de manière contraire aux grands principes de la Charte des Nations Unies, ne devrait pas pouvoir se procurer des armes dans notre pays. Ce principe a été appliqué à la Russie par François Hollande, qui a annulé le contrat de vente de bâtiments de la Marine nationale. Ce fut un choix courageux que je salue.

 

  1. Que pensez-vous de la nécessité pour la France de reconnaître l’état palestinien ?

L’objectif que nous devons viser en priorité par nos actions est la relance du processus de paix, qui est aujourd’hui dans l’impasse. Il est donc légitime de se poser la question de savoir si la reconnaissance par la France y contribuera ou non. Je suis favorable à ce que notre pays, comme s’y était engagé François Hollande, soutienne la reconnaissance internationale de l’Etat palestinien. Je m’engage par conséquent à poursuivre les efforts de notre diplomatie pour permettre à l’Etat palestinien d’être présent, actif et reconnu dans les enceintes multilatérales, comme ce fut le cas en 2011 pour l’UNESCO ou pour l’Assemblée Générale des Nations Unies en 2012.

 

J’avoue qu’aujourd’hui, face à l’impasse de ce processus, on peut légitimement se poser la question de savoir s’il ne faut pas adresser un message clair et sans ambiguïté à l’Etat d’Israël, quitte à prendre un risque. C’était le sens de l’initiative prise par Laurent Fabius avant de quitter le Quai d’Orsay, qui avait voulu mettre Israël face à ses responsabilités avant de procéder à l’ultime étape de la reconnaissance bilatérale par la France de l’Etat palestinien.

 

  1. Que pensez-vous de la nouvelle stratégie diplomatique de la Russie ? (alliance avec l’Iran, rapprochement avec la Turquie…)

La stratégie diplomatique de la Russie est claire. C’est une stratégie d’opposition frontale à l’Occident. Les paramètres de la guerre froide sont de nouveau réunis. Après dix années d’ouverture, d’abord sous Gorbatchev, puis sous Eltsine, l’arrivée au pouvoir de Poutine en 2000 aura marqué la fin d’une courte parenthèse démocratique. A coup de propagande, tandis que la presse est muselée et les opposants politiques poursuivis, voire éliminés, la Russie de Vladimir Poutine s’est de nouveau désignée un ennemi : l’Occident.

L’alliance avec l’Iran est à la fois conjoncturelle (le soutien à la Syrie de Bachar Al Assad), mais aussi structurelle. Pour Moscou, c’est une façon d’enfoncer un coin entre l’alliance supposée du monde sunnite et de l’Occident (symbolisée par le partenariat entre Riyad et Washington) et de rétablir son influence auprès d’un partenaire réputé difficile, mais aussi d’un grand marché potentiel.

Avec la Turquie, la relation est complexe, tendue, parfois jusqu’à la limite de la crise qui peut toujours dégénérer en conflit, comme on l’a vu encore récemment en Syrie.  Mais Poutine et Erdogan partagent au fond la même vision du pouvoir, ce qui en fait aussi des alliés naturels, avec des objectifs similaires de restauration de la puissance impériale passée et de messianisme religieux.

Avec l’Europe, la stratégie de la Russie ne devrait pas évoluer à court terme. Par conséquent, et sauf changement notable de la politique russe en Ukraine, nous devons demeurer intraitables sur les sanctions individuelles ciblées, telles que conçues et appliquées par l’Union européenne. Pour cette même raison, nous devons plus que jamais continuer de nous appuyer sur les seuls éléments réellement crédibles de notre dissuasion collective : l’OTAN.

 

  1. À votre avis, quel doit être le rôle de la France au sein de l’UE ?

Depuis sa création et grâce à l’action de Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, la France est un moteur essentiel de l’Union européenne. La déclaration du 9 mai 1950, inspirée par Jean Monnet alors Commissaire général au Plan et Robert Schuman, est considérée comme la première pierre de l’intégration économique moderne de l’UE. Mais toutes les grandes étapes de la construction européenne ont été rendues possibles grâce à l‘action déterminée du couple franco-allemand. Aujourd’hui comme hier ce sera sur la volonté commune des deux pays fondateurs de l’Europe que se bâtiront les prochaines grandes réformes.

Après l’Europe des libertés (de commerce, de circulation, d’installation), il est temps de consolider l’édifice par une Europe des solidarités et des protections. Solidarités pour que la croissance ne se fasse pas au détriment des plus démunis : les gains de compétitivités ne doivent pas être réalisés systématiquement en s’alignant sur le moins-disant social. Protection du territoire européen face à la menace terroriste, mais aussi protection et promotion de notre principal capital : notre jeunesse. En lui consacrant davantage de moyens, pour apprendre, pour investir, pour être plus autonome, plus mobile, plus à même de saisir les opportunités.

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